AMSTERDAM


AMSTERDAM
AMSTERDAM

La structure de la ville telle qu’elle apparaît aujourd’hui résulte de la composition de multiples choix tout au long de son histoire. Amsterdam ne fut d’abord qu’un petit port de pêche. La cité s’est édifiée par la suite sur la rivière Amstel, autour de la digue (dam ) érigée contre la mer par Gijsbrecht Van Amstel. De là son nom d’origine, Amstelredam.

La nature marécageuse du sol imposait le recours au pilotis. Afin d’assécher le terrain à bâtir, des canaux ont été creusés; tout en permettant l’évacuation des eaux, ils forment un réseau idéal de communication. C’est ainsi que la ville a grandi, s’élargissant sans cesse par de nouveaux canaux, disposés en demi-cercles arqués vers la terre ferme en bordure du golfe de l’IJ, une branche de l’ancien Zuiderzee. De multiples canaux secondaires convergent vers le port et forment, en coupant les canaux circulaires, de nombreuses îles que relient plus de quatre cents ponts. C’est cette disposition toute particulière qui donne à Amsterdam son aspect unique et qui a largement favorisé pendant des siècles son développement comme ville de commerce.

Le développement d’Amsterdam ne commence qu’au XIIIe siècle, développement lié sans conteste au commerce actif de la ville. Ce caractère mercantile sous-tend toutes les productions nées de la vitalité artistique d’Amsterdam; ainsi l’urbanisme, tout comme la peinture au XVIe siècle, ne peut être totalement compris que grâce à cette référence. En effet, l’histoire urbanistique de la cité est étroitement liée à celle de son négoce; d’autre part, la société marchande de la ville a joué un rôle non négligeable dans les déterminations picturales de ses artistes.

La ville baignée d’eau

Grâce à sa situation favorable – orientée vers la mer, mais en même temps bien protégée –, Amsterdam attira au Moyen Âge de nombreux marins de la Hanse, ce qui entraîna son rattachement à la Ligue hanséatique en 1369, date qui marque le début de son essor commercial.

Dans son livre La Culture néerlandaise au dix-septième siècle , Huizinga remarque qu’à la fin du Moyen Âge le Zuiderzee a joué un rôle aussi important dans le développement du commerce maritime que la mer du Nord, et il en vient même à se demander si, à cette époque, les eaux intérieures n’ont pas eu, sur l’activité commerciale du pays, une importance plus grande que la mer. Les Pays-Bas étaient en effet la seule nation à posséder un réseau de communications naturelles d’une telle densité.

Vers le milieu du XIVe siècle, la ville est circonscrite à l’intérieur du Singel, premier canal en partant du centre. La Damplein (Place) en formait le noyau. Cette place était à l’époque beaucoup plus petite qu’elle ne l’est aujourd’hui. Depuis, on n’a pas seulement éliminé plusieurs pâtés de maisons, on a également asséché au XIXe siècle la partie du port qui était en bordure. Quelques noms nous rappellent encore qu’anciennement la place était située directement sur le port: citons le Damrak (rak : port) et le Rokin (rak-in : port intérieur), qui sont aujourd’hui des artères très animées et ne laissent même plus soupçonner l’ancienne configuration.

À la fin du XVe siècle, la ville s’entoure de fortifications, dont quelques éléments subsistent encore de nos jours: la Muiderpoort, le Waag (donjon du Poids public) et quelques tours, telles la Schrijerstoren (tour des Pleurs, car elle est située au bord de l’IJ, et les femmes y venaient dire adieu aux marins partant pour les Indes), la Munt (Monnaie), seule tour subsistant de la Regulierspoort et au sommet de laquelle Hendrick de Keyser a construit la flèche si gracieuse et si élégante qu’on admire encore aujourd’hui; enfin, la Montelbaanstoren, également ornée plus tard par Hendrick de Keyser d’un merveilleux couronnement, dont l’effet est rehaussé par le voisinage de l’eau.

Le Moyen Âge nous a laissé aussi des églises, comme la Oude Kerk (Vieille Église) construite dans la partie la plus ancienne d’Amsterdam. Consacrée en 1306, mais souvent remaniée, elle est d’un style gothique très hollandais, claire, avec de nombreuses chapelles latérales, larges et hautes, aux façades pointues. Elle fut embellie en 1564 d’une tour svelte, octogonale, de caractère gothique avec quelques ornements Renaissance. Cette tour, due à Joost Bilhamer, est devenue le modèle des nombreux édifices similaires qui caractérisent la ville d’Amsterdam. Une autre église de cette époque, la Nieuwe Kerk (Nouvelle Église), située sur le Mozes et Aaronstraat, donnant aujourd’hui sur le Dam, fut commencée en 1490; très souvent remaniée, elle est d’un style mixte, plutôt inspiré du gothique français. La tour resta inachevée.

Ainsi nous pouvons nous représenter ce qu’était la ville à cette époque où l’eau était la plus importante des voies de communication. Située sur l’IJ, entourée du Singel et de ses fortifications à portes et tours multiples, traversée par l’Amstel, avec le port au cœur même de la ville avec ses maisons bâties comme on en voit encore aujourd’hui dans le Warmoesstraat et le long du Nieuwedjik – façades postérieures donnant directement sur l’eau pour faire monter les marchandises du bateau au grenier –, telle se présentait Amsterdam.

La libre cité des marchands

Avec les guerres de Religion et la guerre de libération contre l’Espagne, Amsterdam, ville de refuge, accueille une foule d’artisans et de commerçants venus du sud et qu’attirent les facilités consenties aux immigrés. Lorsque Anvers retombe sous la domination espagnole, beaucoup de marchands s’installent définitivement à Amsterdam et vont contribuer à sa richesse. De 1585 à 1595, le territoire double. En 1648, à la paix de Münster avec l’Espagne, la ville obtient la clôture de l’Escaut, ce qui entraîne la ruine commerciale d’Anvers, sa rivale. Amsterdam est alors à l’apogée de sa puissance. C’est à ce moment que la ville s’adresse à Jacob Van Campen pour la construction d’un nouvel hôtel de ville. Ce bâtiment, érigé sur 13 659 pilotis, bien qu’un peu lourd, est considéré comme la pièce maîtresse du style classique en Hollande. Marqué par l’influence de Palladio, il représente par sa monumentalité un fier témoignage de cette ville cosmopolite en pleine expansion.

Pour préserver sa liberté, Amsterdam se construit au milieu du XVIIe siècle de nouvelles fortifications, un ensemble de courtines et de remparts de huit kilomètres de longueur, sur lesquels se dressent vingt-six moulins. C’est à l’intérieur de ces fortifications que s’étend la ville. Si cette large ceinture de défense est l’œuvre de Daniel Stalpaert, le beau projet de l’ensemble des trois canaux courbes fut réalisé par Hendrick Jacobz Staets. Une carte de l’époque nous apprend que les canaux, Herengracht, Keizersgracht et Prinsengracht, furent commencés en même temps selon un plan d’urbanisme d’une grande ampleur. Ils furent reliés aux eaux extérieures par un canal transversal, le Bouwersgracht, et plus tard prolongés à l’autre extrémité jusqu’à l’Amstel. Ces grachten répondaient à une intention originale. Ils n’étaient pas constitués comme des douves autour de la ville, mais creusés (graven ) de façon à rehausser les terrains à bâtir, pour permettre aux marchands d’habiter au bord de l’eau. Conçu en 1612, ce plan fut réalisé dans sa totalité vers 1700. Le seul point faible de ce projet grandiose est le quartier du Jordaan (jardin) où, pour favoriser les propriétaires fonciers, les rues et les canaux suivent la direction des fossés des prés d’antan, ce qui a pour résultat de couper de biais, et sans plan directeur, le Prinsengracht.

Naissance d’un style urbain original

Ce n’est que vers la fin du XVIe siècle qu’en architecture la Renaissance commence à prévaloir sur les formes gothiques. Cette transition créera un style tout à fait nouveau, national et original, dont le grand architecte est Hendrick de Keyser, né à Haarlem en 1565 et mort à Amsterdam en 1621. Beaucoup de ses tours ornent encore aujourd’hui la ville, quoique plusieurs aient été malheureusement abattues au XIXe siècle. La plus belle est sans doute celle de la première église protestante, la Zuiderkerk. Tout en étant influencée par celle de la Oude Kerk, elle est couronnée d’une façon toute nouvelle, qui ne rappelle en rien le style gothique. L’intérieur de l’église est moins heureux; le problème architectural posé par la volonté de centrer l’édifice, non plus autour de l’autel mais de la chaire, n’a pas trouvé une solution satisfaisante.

Le talent de Keyser se manifeste surtout dans les tours originales et les ornements de ses façades rythmées. C’est lui qui va jouer avec les pignons à redans en briques rouges alternant avec le grès jaune ou la pierre blanche. À leur sommet est presque toujours installée une poulie, destinée à hisser les marchandises directement du bateau à la lucarne du grenier. En effet, dans ces grandes maisons de commerçants, l’on réside en bas et l’on entasse au grenier.

Les «façades à goulot»

Mais les idéaux d’un classicisme plus sévère venant d’Italie et de France s’infiltrent et font disparaître le goût pour les gaies briques rouges. Les pignons à redans ne satisfont plus, alors qu’on est sorti des petites rues étroites pour venir habiter le long des Grachten. C’est Philip Vingboons qui va marquer de son style la plupart des grandes maisons bâties le long des canaux circulaires nouvellement creusés. Il essaiera toutes sortes de façades, mais c’est lui qui le premier construira ce halsgevel (façade à goulot) si typique d’Amsterdam. Cette curieuse façade s’est répandue dans tous les pays du monde: à New York (d’après de vieilles estampes), en Afrique du Sud, à Dantzig, à Copenhague, à Djakarta, à Formose, à Ceylan, etc. On la couvrira de couleurs sombres, de vert, de noir, on l’ornera selon les types les plus divers, mais elle se maintiendra dans sa forme caractéristique, qui la rend éminemment populaire. Cette forme connaît des variantes, par exemple des pignons en forme de cloche qui, sous l’influence des styles français, s’aplatit jusqu’à devenir une corniche horizontale, gardant en son milieu une crête pour cacher le comble. Mais les toits hollandais sont construits avec cette pente très aiguë que suivaient exactement les anciens pignons à redans. Les maisons, très étroites, ont presque toutes leur pignon tourné vers la rue; pour cacher la pointe du toit, il fallait donc poser la corniche à mi-hauteur de ce toit. C’est ainsi que les sommets de ce type de façade se détachaient directement dans l’air, ce qui, dans ce pays si humide les rendait extrêmement fragiles. Une autre difficulté résidait dans la nécessité de loger la lucarne dans la crête, pour pouvoir y hisser les marchandises. À ces endroits, les corniches sont forcément interrompues. Ainsi, on ne trouve que très peu de maisons munies de corniches purement horizontales de style Louis XVI. Remarquable est le goût avec lequel on a construit les entrepôts: très sombres, monumentaux, avec des façades rythmées, ils forment un beau complément aux maisons plus décorées.

Ainsi, en ce siècle d’or, Amsterdam nous apparaît comme une cité commerciale pleine de vitalité, avec ses canaux circulaires, ses fortifications et, sur le port, cet hôtel de ville orgueilleux et monumental.

La régression architecturale

Mais les guerres avec l’Angleterre épuisent la ville qui souffre d’un appauvrissement général. On ne bâtit plus. Plusieurs familles s’installent dans des maisons conçues pour une seule. À l’époque de la domination française, sous Napoléon, la population diminue. Le blocus continental et l’ensablement de l’IJ font mourir le commerce, jadis si florissant. Les guildes sont dissoutes et avec elles disparaît le savoir des artisans.

Au XIXe siècle, pour gagner du terrain à bâtir, on démolit les magnifiques fortifications. Beaucoup de tours sont abattues et des canaux asséchés, ainsi que la partie du port qui longe le Dam. Toute une partie pittoresque d’Amsterdam disparaît ainsi. Mais un renouveau s’annonce. Le port connaît un regain de vitalité grâce à l’ouverture, en 1825, du canal de la Hollande-Septentrionale, et plus encore, en 1876, du canal de la mer du Nord. Ce passage, avec ses 18 km de longueur, ses 75 m de largeur et ses 12,60 m de profondeur, est un des plus grands du monde, et relie directement Amsterdam à la mer du Nord. L’accès au Zuiderzee n’aura désormais de l’importance que pour la navigation intérieure.

Les progrès du catholicisme entraînent la construction de nombreuses églises de style néo-gothique; le principal architecte en fut Cuypers. Ce fut lui également qui construisit la gare centrale qui malheureusement rompt la vue, jadis superbe, sur l’IJ. Plus heureux fut son plan du Museumplein, et la construction – qui en fait partie – du Rijksmuseum (musée national).

Renaissance au XXe siècle

La véritable renaissance architecturale se manifeste au début du XXe siècle avec le nouveau bâtiment de la Bourse, dû à l’architecte Berlage. Un peu plus tard, l’école d’art abstrait, le Stijlgroep, avec les architectes Oud et Rietveld et les peintres Mondrian, Van Doesburg et Van der Lek, connaît un rayonnement international. Mais le fait le plus important dans le domaine de l’architecture et de l’urbanisme est la création de quartiers entièrement neufs à la périphérie de la ville, conçus et construits dans un style hardi et cohérent.

Il ne faut pas oublier de mentionner les travaux du port, qui en ont fait un des plus modernes d’Europe, l’ouverture en 1952 du canal d’Amsterdam au Rhin qui a grandement facilité les communications avec l’arrière-pays, et l’aéroport international de Schiphol, construit sur un ancien polder, bien au-dessous du niveau de la mer. Bombardé en 1940 par les Allemands, il fut entièrement reconstruit après la guerre.

Amsterdam
cap. et très import. port de comm. des Pays-Bas (dont la cap. admin. est La Haye), ville sillonnée de canaux, à l'embouchure de l' Amstel; 691 740 hab.
Célèbres musées: Rijksmuseum (Rembrandt, notam.) et Stedelijkmuseum (Van Gogh).
Dès le XVe s., elle fut le princ. centre comm. de la Hollande. En 1568, elle fit partie des Provinces-Unies. Au XVIIe s., sa prospérité s'accrut par la création de la Compagnie des Indes orientales et de la Banque d'Amsterdam.
Traité d'Amsterdam (oct. 1997): traité qui a complété le traité de Maastricht. V. Europe.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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